Le saut à l'élastique

Le prix du pétrole s'envole, les surcharges carburant suivent le mouvement, les tarifs sont tirés vers le haut. Les passagers risquent-ils de décrocher ?

A partir de quel prix renoncerez-vous à rendre régulièrement visite à votre sœur qui a eu la malencontreuse idée de faire sa vie à l'autre bout de l'Europe ? Après quelle augmentation supplémentaire des tarifs abandonnerez-vous une lointaine résidence secondaire ou un gîte rural qui vous accueille avec chaleur depuis si longtemps ? A quel tarif exorbitant votre entreprise supprimera-t-elle la réunion trimestrielle à New York ? La tournée annuelle des filiales est-elle compromise ?


Ces questions reviennent, lancinantes, tout au long de propos désabusés sur le baril à 120 et quelques dollars. Pire, l'autre jour, en première page du Monde, un analyste de Goldman Sachs, Arjun Murti, que l'on imagine volontiers crédible et droit dans ses bottes, a froidement indiqué que le prix du baril pourrait monter à 150 ou 200 dollars dans les prochains mois. Dès cet instant, nous avons compris que toute tentative de commentaire humoristique tomberait à plat.


Cette fois-ci, en effet, la situation devient vraiment grave et peut-être même désespérée. Faute de substitut de synthèse acceptable (y compris au plan du respect de l'environnement), à défaut de propulsion photovoltaïque (un A380 ou un 747-8 aurait sans doute besoin de plusieurs kilomètres carrés de panneaux solaires pour franchir une étape de 500 km), à défaut de moteurs à triple flux fonctionnant à l'eau d'Evian, l'aviation commerciale tout entière risque d'être piégée, handicapée à vie. Du coup, l'annonce de nouveaux retards dans les livraisons d'A380 ne méritent plus qu'une brève en dernière page.


Dès que l'émotion sera retombée, fort heureusement, nous allons certainement nous ressaisir et nous efforcer de re-la-ti-vi-ser. Une chose est sûre, le débat animé qui prend corps s'annonce animé, passionnant. D'ailleurs, dans les milieux de l'aviation, à toutes les époques, les dîners en ville ont constamment volé haut. D'autant qu'un sujet brûlant a sans cesse chassé le précédent sans nous laisser le moindre répit.


Ce joli mois de mai confirme la règle, encore que le thème de réflexion que nous imposent nos amis de l'OPEP soit à première vue très sévère, sinon rébarbatif. Il s'agit de savoir, en effet, où s'arrête l'élasticité du marché. En langage normal et compréhensible, à partir de quel niveau tarifaire les voyageurs cessent-ils de voyager ?
En attendant le premier sondage nous apportant une réponse, pour tenter de positiver, on notera qu'une hausse de 10% des tarifs entraîne, en moyenne, un surcoût de 2,5% pour l'ensemble du déplacement considéré. Vu comme cela, c'est déjà moins affolant.
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Pierre Sparaco - AeroMorning