"Schouppe fait de la provocation"

Source : La Libre.be Philippe Lawson Mis en ligne le 13/09/2008

Picqué et Huytebroeck reprochent à Etienne Schouppe de faire cavalier seul. L'exécutif bruxellois veut un paquet global de mesures sans visées électoralistes.

Entretien : Les intentions du secrétaire d'Etat à la Mobilité, Etienne Schouppe, (CD&V) pour régler la problématique du bruit des avions de Bruxelles-National ne déplaisent pas seulement aux riverains de l'aéroport. Le ministre-Président bruxellois Charles Picqué (PS) et sa ministre de l'Environnement Evelyne Huytebroeck (Ecolo) dénoncent non seulement la façon dont Etienne Schouppe pilote le dossier, mais aussi le contenu de son plan en gestation. Ce dernier a fait part dans la presse flamande de son intention de fixer la norme de vent à Brussels Airport à cinq noeuds. Les éléments dont nous avons eu connaissance laissent entrevoir une surcharge de Bruxelles (usage de la route Chabert en permanence), une refédéralisation des normes de bruit bruxelloises et un usage accru de la piste 02/20 ("LLB" du 6/09). "La sortie de M. Schouppe nous a surpris, car on pensait qu'il allait prendre un certain nombre de contacts avant de laisser filtrer ses intentions. Mais son attitude s'inscrit bien dans la tradition un peu brutale de tous les ministres qui ont eu à gérer ce dossier. On a aussi le sentiment qu'on est dans un positionnement électoraliste à l'approche des élections régionales de 2009", déplore Charles Picqué. Pour lui, l'attitude du secrétaire d'Etat "crée de nouveau un climat de méfiance, alors qu'il avait l'occasion d'imposer à ce dossier une autre marque de fabrique et une volonté de dialogue".

La densité de la population : Assise à ses côtés, Evelyne Huytebroeck rappelle l'ouverture au dialogue du gouvernement bruxellois. Mais elle rappelle les exigences de base de l'exécutif régional. "Nous demandons depuis toujours un paquet global de mesures, avec notamment la création d'un institut de contrôle des nuisances, la mise en place d'une véritable politique d'aménagement du territoire et d'un fonds d'isolation des maisons autour de l'aéroport ainsi qu'une fixation des normes de vent à huit noeuds", dit-elle. "Il faut cesser ce petit jeu de saucissonnage avec des mesures aux visées électoralistes et contraires à toute une série de décisions de justice. M. Schouppe remet les compteurs à zéro comme si rien n'avait été fait avant son arrivée, alors qu'on avait dégagé des pistes de solutions lorsqu'Yves Leterme était ministre-Président flamand. C'est de la provocation et faire peu de cas de la sécurité (contrairement à ce que dit M. Schouppe) que de prendre des mesures qui entraînent un accroissement du survol de Bruxelles, une des zones les plus densément peuplées de la Belgique. On joue avec la sécurité d'un grand nombre de personnes. Pour nous, la base de toute solution est de tenir compte de la densité de la population", martèle un Charles Picqué très en verve sur le sujet. Il prône la sortie d'une certaine "logique d'affrontement pour rentrer dans une démarche de respect mutuel et de dialogue".

Bruxelles-Capitale, qui avait obtenu une décision de justice lui permettant de réclamer des astreintes à l'Etat belge, ne pouvait-elle pas s'en servir pour forcer le dialogue ? "Les astreintes ne sont pas une arme fatale et je ne suis pas sûr que ça le forcera à négocier avec nous. Mais je trouve incompréhensible de prendre des mesures qui envoient les avions dans une zone où ils sont susceptibles d'écoper d'amendes, car nous continueront à relever les infractions", résume Evelyne Huytebroeck.

Pour les deux édiles, Brussels Airport doit rester un aéroport d'affaires de jour - exit donc tout projet de développement de vols low cost ou de construction de terminal low cost. Quant à la décision d'Etienne Schouppe de tenir compte de la limitation des vols à 16 000 mouvements de nuit maximum décidée par la députation provinciale du Brabant flamand, ils espèrent qu'il aura "la même disposition volontariste vis-à-vis des demandes bruxelloises".